La méditation suscite un nouvel intérêt depuis quelques années, poussée en cela par nos conditions de vie actuelles. La surconsommation, le rythme de vie, l’environnement urbain, qui nous éloigne de plus en plus de nous-même.
Le message de la méditation est relativement simple : prendre le temps de s’arrêter et de sentir ce qui se passe. Je parle ici de la méditation qu’on appelle de la pleine conscience. Les récents ouvrages de Christophe André, et de Fabrice Midal, offrent de précieux éléments pour commencer à pratiquer la méditation.
Je pratique moi-même cette forme de méditation depuis plusieurs années avec un véritable enthousiasme, et une amélioration notable de ma qualité de vie, et de relation à moi-même et aux autres.
Mais, en tant que thérapeute, je vois aussi qu’il y a quelques nuances à apporter.
Le rapport à soi.
Premier aspect, la méditation nécessite une grande discipline, car son essence même est dans la pratique. Or être capable de cette auto-discipline est quelque chose de difficile, en particulier pour le monde occidental. Pourquoi est-ce plus difficile pour les “occidentaux” ? C’est d’après moi, que l’auto-discipline nécessite d’avoir intégré un certain rapport à soi-même pour sentir que la pratique est quelque chose de bon que l’on s’offre, et cela suppose donc une forme d’amour pour soi-même. Les occidentaux, influencés depuis des siècles par une culture de la souffrance, du mérite, du combat, de la réussite, ont bien souvent perdu ce rapport d’amour à eux-mêmes. C’est une très grande part du travail en thérapie, de pouvoir retrouver ce rapport aimant et bienveillant à soi-même, et dans ce travail l’aide d’un thérapeute est précieuse car entre autre, il va veiller à la “discipline”, qui consiste à ce que le patient n’oublie pas de venir à sa séance, de venir au rendez-vous avec lui-même.
Le rapport à l’autre
Second aspect, beaucoup d’entre nous ont été blessés voir traumatisés dans le rapport à l’autre. Que ce soit des parents en souffrance qui n’ont pu donner suffisamment à leurs enfants, ou au contraire beaucoup trop investi leur enfant, les privant de leur désir propre. Dans des cas plus graves, cela peut-être aussi un traumatisme subit, telle de la violence, psychique ou physique, une agression sexuelle. Dans tous les cas, la relation à l’autre est devenue source d’angoisse. Or une des limites de la méditation est la solitude. C’est à dire qu’il va être difficile dans la méditation (du moins dans les premiers temps) de pouvoir “réparer” des problématiques liées à la relation à l’autre La présence d’un enseignant est importante, mais ne peut remplacer celle du thérapeute, qui est formé à analyser et travailler sur le lien avec l’autre, c’est d’ailleurs l’un des principaux objectifs dans une thérapie relationnelle.
L’angoisse
Enfin, je pense qu’il y a des personnes qui ne sont simplement pas en mesure de quitter le monde du “faire”, pour entrer dans l’expérience de la méditation, et toucher le sens de l’être. Pour ces personnes, la méditation est parfois insupportable car elle leur fait toucher l’angoisse du vide. Ce sont des personnes qui souvent se sont réfugiées dans une hyperactivité, qu’elle soit professionnelle, sportive, amicale, familiale. L’hyperactivité est leur système de défense pour ne pas sentir leurs angoisses. Dans une thérapie, nous allons passer par un long travail de réconciliation avec ces parties angoissantes, avant que la personne ne soit capable de rester seule sans rien faire, et seulement “être” sur un coussin de méditation.
Conclusion
La méditation est une chance, une extraordinaire expérience, capable de nous redonner contact avec le sens de la vie. En tant que thérapeute, et même auprès de mes proches, je ne peux que la recommander, tant elle m’a apporté à moi-même. Mais sa pratique nécessite au préalable, selon moi, trois points fondamentaux : la capacité d’une auto-discipline minimale, un rapport à l’autre suffisamment “sécurisé”, et enfin un rapport à soi-même suffisamment stable. Ce dont je peux témoigner, c’est que beaucoup de mes patients commencent à s’intéresser à la méditation et à la spiritualité de façon plus générale, dans la dernière partie de leur processus thérapeutique.