La culpabilité

D’abord il faut différencier le sentiment de culpabilité de la culpabilité en elle-même. En effet, il est différent de se sentir coupable et d’être coupable.
Par exemple, si je reçois une contravention parce que ma voiture était mal garée, je suis coupable, objectivement, c’est parce que j’ai commis une faute par rapport à la loi. En revanche, si je me sens coupable parce que quelqu’un me regarde bizarrement dans la rue, il est clair que je n’ai commis aucune faute !

Deuxième notion, il faut différencier le sentiment de culpabilité et le sentiment de honte. Certes ces deux sentiments sont subjectifs, c’est moi-même qui les “créer”. Mais la culpabilité se rapporte davantage à ce que je fais (ou ne fais pas) alors que la honte est plus profonde car elle se rapporte à qui je suis. Dans la honte, nous portons un jugement négatif sur nous même, pouvant aller jusqu’à la dévalorisation, diminuant, de manière parfois très importante l’estime de nous-même.

Mais revenons à la culpabilité.Le sentiment de culpabilité peut se rapporter à des choses dont nous ne sommes pas responsable. Cette idée de responsabilité est centrale.Même s’il peut y avoir plusieurs raisons dans l’histoire de chacun au développement du sentiment de culpabilité, je vais développer, ici, une raison qui est souvent peu connue. 

D’après Mélanie Klein, qui a beaucoup étudié la psychologie du bébé, il faut savoir qu’à la naissance, le bébé a la croyance qu’il a tout créé autour de lui. Cela peut paraître étrange, mais alors qu’il découvre entièrement le monde qui l’entoure il n’a pas encore les moyens de comprendre que tout cela existait avant lui. D’un point de vue subjectif nous pouvons imaginer qu’il croit avoir tout créé. Se développe alors un syndrome que nous appelons en psychologie, le syndrome de toute-puissance. Ceci est tout à fait normal dans l’évolution du bébé vers l’enfant. Mais à un moment donné, les parents (et surtout symboliquement celui qui occupe la place du père) vont apprendre à l’enfant qu’il n’a pas tout créé, ce qui revient à lui donner des limites.Or si ces limites n’ont jamais été données à l’enfant, une fois devenu adulte, il a toujours la croyance, bien sûr très inconsciente, qu’il est toujours responsable de tout, ce qui va énormément développer le sentiment de culpabilité.

Si aujourd’hui vous ressentez beaucoup de culpabilité, essayez de vous interroger sur la légitimé de cette culpabilité, est-ce une culpabilité réelle ou d’un sentiment de culpabilité, et dans ce deuxième cas, essayez de vous dire que vous n’êtes pas responsable de tout, qu’il y a surement en vous des restes de ce syndrome de toute-puissance de l’enfant. Cela peut être dur à entendre, voir très dur pour certaines personnes, car cela impose de faire un deuil de tout ce qu’on ne pourra pas changer dans notre vie, voir dans le monde, mais en même temps cela va créer une toute nouvelle liberté. Intégrer le fait que nous sommes limités, dans notre corps, dans nos actions, dans nos désirs, cela permet d’apprendre à mieux accepter les nombreuses frustrations inévitables de la vie, mais aussi de se sentir beaucoup plus libre, considérant que tout ce qui n’est pas de votre responsabilité, vous ne pouvez pas le contrôler, et donc vous n’avez aucune raison de considérer que cela est de votre faute.
Cet article reprend les idées de Jean-Jacques Crèvecoeur (http://jeanjacquescrevecoeur.com/)

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